Jeudi 8 juillet 2010 à 18h, Salle des Associations, Cours Masséna - Antibes -
Le développement et la diffusion du scaphandre autonome, inventé dans les années 1940 par le français Jacques-Yves Cousteau, ont rapidement eu pour corollaire une croissance brutale des découvertes d’épaves. Depuis cette période, des plongées sous-marines sont organisées par des clubs sportifs sur le continent et en Corse pour découvrir des sites archéologiques. La Corse, en particulier, fait bientôt l’objet d’une véritable chasse au trésor, souvent menée par des plongeurs provenant des pays voisins ou du nord de l’Europe. Les tentatives aussitôt conduites en France et en Italie pour étudier ces vestiges ont démontré à l’époque l’urgence de confier les recherches à des archéologues. La France fut ainsi le premier pays au monde à créer, en 1966, un service spécialisé en archéologie sous-marine : le DRASSM (Département des Recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines). Placée au cœur du bassin méditerranéen nord occidental avec un littoral s’étendant sur près de 1000 km linéaires, la Corse a toujours été au carrefour des routes d'échange et de commerce maritimes. Les eaux de l’île recèlent un patrimoine archéologique d’une grande richesse, qui représente, de l’Antiquité à aujourd’hui, près de 800 gisements potentiels (épaves, mouillages, trésors monétaires, objets isolés, etc.), recensés par le DRASSM. Cette communication tracera l’histoire de l’archéologie sous-marine en Corse dans les cinquante dernières années à travers les principales épaves et découvertes jusqu’à la toute dernière fouille archéologique, celle de l’épave à dolia Ouest Giraglia 2 au Cap Corse.
Franca Cibecchini est chargée de mission au Département des Recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), Direction générale des Patrimoines, ministère de la Culture et de la Communication.
Entrée libre dans la limite des places disponibles
Renseignements musée d’Archéologie
tél. 04.92.90.53.31 ou 04.92.90.54.37
Le Bastion Saint-André Musée d’Archéologie, Antibes
Construit par Vauban en 1698 comme ouvrage défensif lors du conflit qui opposait le Royaume de France au comté de Nice, le bastion Saint-André est constitué de deux galeries voûtées en briques surmontées d’une vaste terrasse dallée. L’édifice est inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments historiques depuis 1930. L’histoire de la Collection commence au xvıe siècle avec la découverte et la publication de plusieurs inscriptions gallo-romaines dont la stèle de l’enfant Septentrion.
Au xıxe siècle, des collections privées se constituent dans les familles de notables.
En 1928, Romuald Dor de La Souchère crée le premier Musée d’Histoire. Helléniste de formation et professeur à Cannes, il rassemble au château Grimaldi des objets archéologiques, des moulages ainsi qu’une vaste documentation composée de notes de lecture et de traductions.
À partir des années 1950, la découverte de nombreuses épaves incite la municipalité à créer un lieu exclusivement consacré à l’archéologie. Le musée d’Archéologie est inauguré en juin 1963. Il rassemble des objets issus des fouilles terrestres et sous-marines qui retracent l’histoire d’Antipolis du vııe siècle avant J.-C. jusqu’au ve siècle après J.-C.
Depuis le 6 mai 2006, la collection bénéficie d’un contenu et d’une scénographie sensiblement renouvelés. De nouveaux objets ont intégré les vitrines, certains thèmes ont été développés et l’ensemble est valorisé par de nombreux supports didactiques : bannières annonçant les thèmes abordés, textes de synthèses qui mettent les objets en perspective, cartels, photos et plans.
Aux origines d’Antibes. Le visiteur découvre le célèbre galet de Terpon, la plus ancienne inscription d’Antibes, deux très remarquables têtes féminines en pierre ainsi qu’un lot de céramiques indigènes, étrusques, massaliètes et grecques. Retrouvées dans les fouilles du Vieil-Antibes, et récemment sorties des réserves du musée, ces céramiques ponctuent près de sept siècles d’occupation, depuis l’oppidum indigène jusqu’à la colonie grecque de Marseille (vııe-ıer siècle avant J.-C.).
Le monde méditerranéen auquel se rattache Antipolis est abordé en vis-à-vis dans sept vitrines qui proposent un lot de près de 60 vases et objets en céramique produits par les Grecs et les différents peuples de la péninsule italique, indigènes, Grecs, Étrusques et Romains. La ville romaine se constitue à partir de 49 avant J.-C. lorsque Antipolis s’affranchit de la tutelle de Marseille (Strabon, Géographie, IV, 1, 9). Des objets remarquables de cette présence romaine sont exposés dans deux vitrines, certains depuis l’année 2006 : ainsi, deux monnaies datées de 44 avant J.-C., lorsque la ville avait le privilège de frapper un petit monnayage, des peintures murales aux représentations d’oiseau et d’Amour ou encore un buste en marbre de Dionysos (ou d’un faune), autrefois conservé au musée Picasso.
Un fragment de table d’autel en marbre, avec rinceau de vigne et colombe, conclut la séquence consacrée à l’époque romaine. Retrouvé dans les fouilles de la chapelle Saint-Esprit, près de la cathédrale et daté des ve-vıe siècles après J.-C., il symbolise l’émergence d’une ville nouvelle dont la modernité réside dans le christianisme.
Antibes et la mer est une association qui remonte aux origines de la ville. Le port d’Antibes n’est cité en tant que tel qu’à l’époque romaine, dans un itinéraire maritime, mais le mobilier retrouvé dans l’Anse Saint-Roch, ou à l’intérieur de nombreuses épaves, atteste le rôle d’Antibes dans le développement des liens commerciaux dès le vie siècle avant J.-C. Issus de bateaux qui pratiquaient le cabotage comme, celui dit des Roches d’Aurelle, ou de navires hauturiers à l’image de l’épave de la Tradelière, ce sont des milliers d’objets qui ont été retrouvés et pour un grand nombre dans un état de conservation exceptionnel. Une sélection a été faite dans les cargaisons parmi la vaisselle en terre cuite, les vases en verre aux multiples couleurs et des éléments d’accastillage.
La reconstitution d’une coque de navire met en scène un chargement d’amphores. Au fond de
la première galerie, 22 amphores illustrent la diversité des contenus (vin, huile d’olive, saumures) et des provenances (Marseille, Italie, Espagne, Grèce, Afrique du Nord).
Croyances et au-delà. Ce thème bénéficie de la richesse de l’épigraphie funéraire gallo-romaine et des découvertes mobilières effectuées à Antibes et sur son territoire. La stèle de l’enfant-danseur Septentrion, signalée dès 1557, est la plus célèbre des inscriptions d’Antibes. Plusieurs tombes à incinérations proviennent de fouilles réalisées à Vaugrenier. Les résidus de la crémation étaient placés dans une urne en verre, en plomb ou en céramique, enfermée dans une urne en pierre.
A proximité, une tombe en bâtière de tuiles et un sarcophage de plomb documentent les inhumations. Ces tombes voisinaient parfois le long des routes avec des sépultures monumentales, comme le mausolée de Vallauris (les Encourdoules) dont les fragments sont aujourd’hui rassemblés derrière le musée d’Antibes. Les dépôts d’offrandes associés évoquent la croyance dans l’au-delà. La présence d’une monnaie rappelle l’obole qu’il faut verser à Charon pour traverser le Styx, fleuve des Enfers. Entièrement nouveau, un petit secteur consacré aux divinités présente des objets inédits, notamment une inscription taurobolique qui évoque le culte de la déesse Cybèle et un petit autel en pierre dédié au dieu local Pipius, généreusement offert par un couple d’habitants de Vallauris.
Le monde rural introduit au petit territoire de la cité gallo-romaine d’Antibes, constitué entre Siagne et Loup. Les objets présentés concernent essentiellement les fouilles du site de Vaugrenier, une agglomération secondaire de la fin du ıer siècle avant notre ère située le long de la via Aurelia. De celle-ci provient une borne milliaire du début du ıve siècle autrefois présentée au musée Picasso. Le long de la voie s’alignaient un vaste temple, reconstitué par une maquette ainsi que des ateliers et boutiques d’où proviennent des éléments d’artisanat (tissage, tabletterie). Des armes retrouvées dans les fouilles —pilum, pointes de flèches, carreau de catapulte, fer de lance— signalent peut-être la proximité d’une bataille évoquée par l’écrivain Tacite et qui aurait mis fin à l’occupation du site dans la seconde moitié du ıer siècle après J.-C.
Vivre en ville. Ce dernier thème présente près de 150 objets qui nous font partager le quotidien des habitants d’Antibes il y a 2000 ans. Un grand nombre provient des fouilles de la rue Clemenceau, réalisées dans le Vieil-Antibes entre 1992 et 1994.
Une mosaïque à décor d’hexagones ainsi qu’une exceptionnelle fontaine en marbre constituent les points forts du parcours. Elles agrémentaient la demeure d’un notable à la fin du ııe siècle de notre ère. La reconstitution d’une toiture de tuiles permet d’aborder de manière concrète l’architecture privée. La maison bénéficiait par ailleurs d’une adduction d’eau par des tuyaux de plomb. De multiples petits objets documentent la vie de tous les jours : vases en verre, lampes à huiles en terre cuite et en bronze, instruments de soins et de toilette, pions de jeux ainsi qu’un rare lot de placages de coffrets en os parmi lequel figure le visage d’un personnage coiffé d’une couronne de laurier (Apollon ?).
OUVRAGE Elena Dor de la Souchère
Antibes – 2500 ans d’histoire
À la mémoire de mon père
Maisonneuve & Larose et Ville d’Antibes, 2006
160 pages – 85 illustrations en bichromie
20 euros
Romuald Dor de la Souchère, grand érudit, helléniste et latiniste de formation, fondateur et premier conservateur du musée Picasso d’Antibes est un homme dont le souvenir et l’œuvre restent étroitement liés à la Ville d’Antibes.
Sa fille Elena Dor de la Souchère a aujourd’hui réuni ses documents et ses écrits pour constituer l’histoire de la Ville et rendre accessible un ensemble très important de notes de recherches jamais publiées.
Fondée par les Phocéens – Grecs d’Asie mineure –, Antipolis (Antibes), attaquée par les barbares ligures de l’arrière-pays, implora le secours de Rome, offrant ainsi aux légions romaines un prétexte pour s’introduire en Gaule. Riche municipe romain ravagé par les grandes invasions barbares, Antibes n’est plus, dans le haut Moyen Age, qu’un hameau de pêcheurs protégés par l’évêque Saint Armantaire, tueur de dragons. La cité se relèvera au fil des siècles sous l’autorité de la famille de Grasse puis des Grimaldi. La Provence forme à l’époque, avec Naples et la Sicile, un Etat souverain. Mais à la suite des troubles provoqués par les démêlés de la trop belle Reine Jeanne avec ses quatre maris successifs puis par sa mort tragique, la Provence se sépare de Naples, tandis que Nice, passant sous le protectorat des Ducs de Savoie, rentre dans la mouvance italienne. La Provence est rattachée à la France en 1481. Dès lors, la frontière française du sud-est se situe sur le Var et la petite place forte d’Antibes est sa gardienne. Henri IV achete la ville aux Grimaldi et l’entoure de remparts qui seront parachevés par Vauban. Assiégée à plusieurs reprises, la petite cité repousse en 1746 les assauts d’une puissante armée autrichienne. A l’époque de la Révolution, la famille Bonaparte, fuyant la Corse, trouve refuge au château Salé d’Antibes. Après le 9 thermidor, le jeune général Bonaparte a peut-être été interné au Fort Carré d’Antibes en raison de ses attaches avec Robespierre. Toute trace du fâcheux épisode a disparu des archives antiboises, peut-être au lendemain de la prise du pouvoir par le premier Consul. Au XIXe siècle et au début du XXe, Antibes, la cité guerrière qui a dit adieu aux armes, attire les peintres – de Meissonnier à Monet – et plus encore les écrivains – de George Sand, Jules Verne et Maupassant jusqu’à Dos Passos et Scott Fitzgerald.