Le musée Picasso étant fermé pour travaux, sa collection voyage.
Une partie des « Picasso d’Antibes » a été présentée au musée Picasso de Malaga du 13 mars au 11 juin 2006, puis un peu complétée, au musée Picasso de Barcelone du 6 juillet au 15 octobre 2006, au Palazzo Grassi du 11 novembre 2006 au 12 mars 2007.
L'exposition "Picasso, La Joie de vivre, 1945-1948" produite par le Palazzo Grassi avec près de 250 oeuvres de Picasso - oeuvre du musée Picasso d'Antibes, et de nombreux prêts de collections publiques ou privées - , et présentée en même temps qu'une nouvelle sélection de la collection François Pinault "la collection François Pinault, une sélection Post-Pop", ont accueilli 160 426 visiteurs.
Le Graphikmuseum Pablo Picasso de Münster accueille du 6 avril au 12 août 2007, une partie des Picasso d'Antibes : "Das Musée Picasso Antibes zu gast in Münster".
Du Château Grimaldi au Musée Picasso
Le
musée Picasso est une aventure où se
mêlent, comme dans un concert, les joies et les
douleurs, les découragements et les exaltations
: c’est une passion. Visiteurs, qui ne distinguez
pas le musée Picasso du château d’Antibes,
vous sentez confusément l’existence d’un
drame de famille, un équilibre difficile et toujours
menacé : l’intrusion du musée dans
le château : Silence et Magie. Le château
d’Antibes, poétique, sérieux et plein
de gaîté, comme la mer à laquelle
il appartient, lac de noblesse et de pauvreté,
a reçu un jour Picasso, grand seigneur vélasquésien,
et cette magie n’a pas été découragée.
Ce n’est pas à comprendre, c’est à prendre
ou à laisser.
Dor de la Souchère
Fondé sur l’ancienne acropole de la ville grecque
d’Antipolis, castrum romain, résidence
des évêques au Moyen Âge (de 442 à 1385),
le château Grimaldi fut habité à partir
de 1385 par la famille monégasque qui lui donna son
nom.
Luc et Marc de Grimaldi, capitaines d’arbalétriers
au service de la reine Jeanne, reçoivent en fief ce
domaine par acte du 27 mai 1383. Ils y font souche jusqu’en
1608, date de l’obtention par Henri IV et Sully du rachat à Alexandre
de Grimaldi du château, seigneurie, terre, ville et port
d’Antibes au profit de la couronne de France.
Devenu demeure du gouverneur du Roi, puis à partir
de 1792, hôtel de ville, le bâtiment se transforme
en caserne en 1820, marquant ainsi la prise de possession des
lieux par le Génie militaire jusqu’en 1924. Les
derniers temps, le bâtiment sera peu à peu laissé à l’abandon.
Professeur de français, grec et latin au lycée Carnot à Cannes
depuis 1921, Romuald Dor de la Souchère commence
en 1923 ses recherches archéologiques à Antibes et notamment
dans les établissements militaires. Il découvre l’importance
des vestiges de l’occupation gréco-romaine dans la région
et, parallèlement, s’intéresse à la mise en
vente du château par les Domaines.
Le 29 mars 1924, Dor de la Souchère crée la société des
Amis du musée d’Antibes, sous le titre de « Groupe ligurien
d’Études historiques et archéologiques » qui
a pour objet de fonder un Musée historique et archéologique
et de travailler à faire connaître le passé de la région.
En 1925, le château des Grimaldi, dont l’État
fixe le prix à 80 000 Francs, est acheté par
la ville d’Antibes (avec une subvention de 50 000 Francs)
et avec le concours de soixante souscriptions lancées à l’initiative
de la société des Amis. Le château devient
ainsi le musée Grimaldi avec pour premier
conservateur, Romuald Dor de la Souchère. Trois ans
plus tard, le bâtiment est classé monument
historique.
En septembre 1945, Pablo Picasso se rend
au musée Grimaldi à l’occasion de l’exposition
de peintures d’enfants anglais, organisée par
le British Council, première exposition après
les six années de fermeture due à la guerre.
À
partir d’août 1946, Picasso réside
avec sa jeune compagne, Françoise Gilot,
chez l’imprimeur Louis Fort à la
villa Pour toi sur le port de Golfe-Juan. Sculpteur
et photographe, Michel Sima se
trouvant en relation avec Romuald Dor de la Souchère
et qui connaissait Pablo Picasso, « un
jour sur la plage, eut l’idée de
lui demander un petit dessin pour le Musée.
Picasso, comme de coutume, se laisse emporter
par son élan, accepte en principe, mais
manifeste ensuite le désir de visiter
d’abord le Musée. » (Jaime
Sabartès dans Picasso à Antibes,
René Drouin, éditeur, 1948)
Romuald Dor de la Souchère lui propose d’utiliser
une partie du château comme atelier et plus précisément
la grande salle, dite salle des gardes de l’aile sud
du second étage. (En 1928, cette salle accueillait des œuvres
d’artistes tels que Roger Bissière, Pierre Bonnard,
Maurice Denis, Henri Lebasque, Paul Signac, Maurice Utrillo,
Kees Van Dongen, Maurice de Vlaminck… pour l’exposition Maîtres
et jeunes contemporains [22 juillet-22 août 1928],
première exposition de peinture moderne, organisée
au musée.)
Picasso, enthousiaste (« Je ne vais pas
seulement peindre pour moi ici. Je vais vous décorer
le musée. » Françoise Gilot
dans Vivre avec Picasso, éditions
Calmann-Lévy, 1965), travaille au château
de la mi-septembre jusqu’à la mi-novembre
1946 et réalise de nombreuses œuvres,
dessins et peintures dont Les Clés
d’Antibes, sur un pan de mur de la
salle. En septembre 1947, l’artiste peint également
au musée Ulysse et les sirènes.
Les peintures et supports inhabituels (ripolin, fibrociment,
contreplaqué…) qu’il utilise,
rendent compte de la pénurie de cette période
d’après-guerre mais avant tout de l’étonnant
dépassement de l’homme face à celle-ci
et de la formidable propension de l’artiste à expérimenter
de nouveaux matériaux.
Les images qu’il y réalise disent toute
la joie de vivre dans un pays à nouveau libre.
À la suite de son séjour en 1946,
Pablo Picasso laisse en dépôt à la
ville d’Antibes : 23 peintures (ripolin, fusain,
graphite sur fibrociment, bois ou toile réutilisée)
et 44 dessins. Parmi les peintures les plus célèbres
: La Joie de vivre, Satyre, faune et
centaure au trident, Le Gobeur d’oursins, La Femme aux
oursins, Nature morte à la chouette et aux
trois oursins, La Chèvre… Quant
aux dessins, les ensembles les plus représentatifs
sont la Suite Antipolis, lesTêtes
de faune, lesÉtudes pour
une figure féminine…
Le 22 septembre 1947 voit l’inauguration
officielle de la salle Picasso au
premier étage,
accompagnée d’un premier accrochage
des œuvres d’Antibes dans les
salles ouest, en présence d’une foule
importante, premier événement qui célèbre
le séjour de l’artiste au musée.
Le 7 septembre 1948 marque l’ouverture au public
du nouvel accrochage, Picasso : Céramique – Peinture – Dessin. Cette
exposition confirme l’enrichissement significatif
de 77 céramiques (dont 51 datées 1947
et 14 datées 1948) réalisées à l’atelier
Madoura de Vallauris. Au nombre de ces pièces
originales, les plus connues s’avèrent Tanagra à l’amphore,
Taureau debout, Chouette ovoïde, Échassier,
Condor, Cabri couché… En 1950
et 1954, 1 peinture et 2 sculptures (Tête
de femme au chignon, 1932 et Tête
de femme aux grands yeux, 1931-1932) complètent
cette collection.
Le 13 septembre 1949, à l’occasion de
l’inauguration de l’exposition « Tapisseries
françaises », de nouvelles salles consacrées
aux peintures,
céramiques et dessins de Picasso sont ouvertes au public.
Le 23 février 1957, Pablo Picasso reçoit officiellement le titre
de Citoyen d’honneur de la ville d’Antibes au cours
d’une cérémonie organisée au château Grimaldi.
Par délibération du Conseil municipal
en date du 27 décembre
1966, la ville d’Antibes rend de nouveau hommage à Pablo Picasso
et le château Grimaldi devient officiellement Musée Picasso,
premier musée consacré à l’artiste.
En 1990, la dation Jacqueline Picasso autorise
un nouvel enrichissement
des collections Picasso, constitué de 4 peintures, 10 dessins, 2 céramiques
et 6 estampes. De 1952 à 2001, différents dons et achats permettent
l’acquisition de 3 œuvres sur papier, 60 gravures et 6 tapisseries
de Pablo Picasso. Aujourd’hui le musée Picasso d’Antibes conserve
environ 245 œuvres de
l’artiste.
Les œuvres de Nicolas de Staël présentées
au musée témoignent du séjour du peintre à Antibes,
de septembre 1954 à mars 1955. Durant cette période, il réalise
aussi bien des natures mortes que des marines, des paysages ou des ateliers.
Un premier don est consenti par sa veuve au musée Picasso après
l’exposition consacrée à l’artiste en 1955.
A partir de 1982, avec le concours
notamment du Fonds régional
d’acquisition pour les musées,
la ville acquiert des œuvres
importantes de sa dernière
période, accompagnées
de dessins de 1954.
En 2001, une donation
effectuée
par la Fondation Hans Hartung et
Anna-Eva Bergman permet l’ouverture
de deux salles, au rez-de-chaussée
du musée. Un accrochage
permanent propose un parcours dans
l’œuvre de chacun de
ces artistes sur plusieurs décennies.
La collection d’Art moderne,
commencée en 1951 par Dor
de la Souchère, a été créée à partir
de dons exceptionnels consentis par
les artistes qui ont exposé au
musée et des acquisitions
faites au cours des années
par la ville d’Antibes.
Des
artistes importants appartenant aux
grands courants de l’art du
XXe siècle sont représentés
: Arman, Atlan, Balthus, Buraglio,
César, Dezeuze, Ernst, Gleizes,
Hains, Hartung, Klein, Magnelli,
Music, Pagès, Picabia, Pincemin,
Raysse, Spoerri, Viallat, etc.
Sur la terrasse du musée Picasso
est présentée habituellement
une remarquable collection de sculptures
de Germaine Richier. D’autres
artistes y sont représentés
: entre autres, Joan Miró, Bernard
Pagès, Anne et Patrick Poirier.