Mémoires d'horticulteurs

Les cultures florales sur la Côte d’azur sont anciennes, les premiers témoignages remontent aux XVIIe et XVIIIe siècle qui attestent de la production des jardins niçois et des expéditions de fleurs coupées à Turin et à Paris.

L’horticulture antiboise

Les cultures florales sur la Côte d’azur sont anciennes, les premiers témoignages remontent aux XVIIe et XVIIIe siècle qui attestent de la production des jardins niçois et des expéditions de fleurs coupées à Turin et à Paris. La création de fleurs par sélection des espèces connaît une véritable ferveur aux mêmes époques, autour de la tulipe et de l’œillet.

L’histoire de l’horticulture antiboise débute au XIXe siècle, en concomitance avec la révolution des transports qu’entraîne le développement rapide du chemin de fer et, dans son sillage, du tourisme de villégiature. Les fleurs comme les hivernants prospèrent sous l’éternel printemps qu’offre la Riviera par ses températures particulièrement douces et sa topographie de plaine littorale abritée des vents et des frimas par la proximité des montagnes.

La clientèle aristocratique de l’Europe prend ses quartiers d’hiver sur la Côte jusqu’en 1914. Elle se passionne pour la nature luxuriante et particulièrement les fleurs qui s’épanouissent toute l’année et les variétés rares provenant de l’acclimatation réussie de la flore tropicale. Les premiers magasins de fleurs coupées ouvrent aux abords des hôtels dès les années 1850, d’abord à Nice puis dans les autres stations. On y pratique les expéditions par les trains de fleurs mais aussi l’envoi des primeurs et des fruits confits à travers l’Europe.

L’horticulture va représenter un telle culture de rapport jusque dans les années 1950, qu’une grande partie des cultivateurs locaux, délaissant le maraichage traditionnel, s’oriente vers la monoculture de la fleur coupée. Et Antibes devient la terre d’élection de l’horticulture azuréenne à partir de la fin du XIXe siècle. Le Cap d’Antibes concentre les ingrédients du succès : là se trouvent des terrains bien exposés à l’ensoleillement, au voisinage de l’hôtel du Cap qui ouvre en 1870. Dans ce quartier, les hivernants en excursion visitent naturellement les exploitations et le succès va grandissant. De place en place, c’est tout le terroir antibois qui s’adonne à l’horticulture. Jusque dans les années 1960, le paysage se couvre de serres. Dès 1864, une enquête dénombre plus de 100000 pieds de rosiers entre Golfe-Juan et l’anse Saint-Roch. Un recensement de 1935 fait état de la présence d’un millier d’horticulteurs. Dans l’immédiat après-guerre, la totalité de la surface vitrée des serres antiboises atteint 2000 hectares. On cultive surtout de la fleur coupée : la rose et l’asparagus, l’œillet, l’arum, les strelitzias, les glaïeuls, aussi le palmier phénix pour ses palmes.

Ces sont les familles immigrées italiennes qui sont les artisans de cette expansion florale, les Piémontais, les Ligures qui ont acquis de longue date un savoir-faire, mais plus loin, les Calabrais. De métayers ils deviennent propriétaires de leur exploitation, souvent au bout de deux générations et au prix d’un travail quotidien harassant. Car les soins à apporter aux fleurs au fil des saisons nécessitent de nombreuses opérations qui demeurent manuelles. Ainsi, on travaille en famille  pour la construction des serres en bois munies de châssis vitrés, la préparation du terrain, la plantation par semis ou par bouturage, l’arrosage, l’épandage de l’engrais et des traitements, la cueillette, le conditionnement, l’expédition ou la vente à la criée.

L’autre facteur favorable à l’horticulture antiboise à relever est la présence de la station agronomique de l’INRA au jardin botanique de la villa Thuret. Les scientifiques cherchent à répondre aux besoins des producteurs en développant des programmes de recherche sur les pathologies des fleurs ou les premières cultures hors sol. Ainsi, on trouve dès le XIXe siècle concentrés sur un même territoire, des terrains et un climat favorable, la main d’œuvre abondante des exploitants, la clientèle qui achète et assure la promotion à l’étranger, et bien évidemment la gare d’où partent les trains de fleurs. Ces atouts se trouvent renforcés par l’ouverture du lycée horticole d’Antibes pour répondre à la nécessité d’améliorer la formation des futurs professionnels d’un secteur resté longtemps centré sur l’apprentissage et le travail en famille. Enfin, l’horticulture suscite à son tour d’autres activités comme la vannerie des corbeilles de roseaux pour les expéditions de fleurs, le commerce de bois et la verrerie servant à la fourniture pour la construction des serres, les deux criées florales génèrent une activité commerciale. L’horticulture antiboise va fournir  en fleurs coupées l’Europe jusqu’en Russie dès avant 1914, elle continue son expansion jusque dans les années 1960. Le gel de 1956, la grande grêle de 1970 et surtout la concurrence hollandaise font entrer l’horticulture antiboise et azuréenne en grand déclin, jusqu’à disparaître.

A une exception près, la réussite de la famille Meilland dans la création de roses. Avec Francis Meilland, l’horticulteur se fait abeille : il capitalise les savoir-faire italiens et lyonnais acquis dans la famille et développe la création de roses par le prélèvement des pollens et la sélection des variétés obtenues par croisement. Simultanément avec l’essor de la création de roses, Francis Meilland est le premier à avoir compris l’importance de développer la commercialisation à une échelle internationale. A l’instar des producteurs de roses américains, il réussit à faire breveter ses créations du vivant, telles que la  baccara  ou la rose peace. C’est le patrimoine immatériel de la création de roses qui a ainsi éclos au Cap d’Antibes.

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