Portrait

Matthias Meilland, et si les garçons naissaient dans les roses

Horticulteur

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Sur l’arbre généalogique de la dynastie des célèbres rosiéristes, Matthias figure à la 6e génération… Il est le petit-fils de Francis qui, en 1948, quitte Lyon et la production horticole pour créer un centre de recherche sur la création de la fleur coupée sur les terres fami- liales au cœur du Cap d’Antibes. C’est là que Mat- thias voit le jour en 1977 sans avoir connu son célèbre grand-père. Une légende familiale, un mythe du monde de l’horticulture, dont il connaît par cœur l’histoire exceptionnelle. Celle d’un inventeur de génie qui porta au sommet de la gloire ses célèbres créations et sublima le genre Rosa à travers le monde. «   Une de ses premières créations est la “Golden Gate”, rose emblématique de l’exposition universelle de San Francisco en 1936. Vient ensuite “Madame Meil- land” baptisée “Peace” dans le reste de la planète. Elle a orné les tables de négociations des travaux prépara- toires à la création de l’ONU en 1946 à San Francisco. En 1956, Monaco fait appel à mon grand-père pour créer une rose qui symbolisera le mariage princier. De là, naîtra la splendide “Grace de Monaco”   » raconte Matthias…
Depuis Meilland invente les roses de la famille Grimaldi, la dernière en date “Princesse Char- lène” a été découverte en 2014.

Des Pratiques inscrites dans Les gènes 

En 1958, Francis décède et son fils Alain, le père de Matthias, se retrouve à 18 ans propulsé à la prési- dence de la société familiale.
Mes premiers souvenirs avec les roses remontent à l’âge de 5, 6 ans - se souvient Matthias. En sortant de l’école du Cap, mes parents me déposaient chez ma grand-mère Manou avant de retourner travailler au centre de recherche. Là, on installait une table et je commençais à faire du pollen et à fabriquer des bébés roses…” Pour Matthias, c’est moins un jeu d’enfant qu’une pratique inscrite dans ses gènes. Quand sa grand-mère décède, il a dix ans et se met à s’intéresser au monde de l’image et du cinéma.
En réalité, je ne me suis jamais vraiment détourné de la rose. J’ai continué à faire beaucoup de voyages avec mon père en Amérique du Sud et au Mexique, les grandes zones de développement de la floriculture à l’époque. Et c’est en regardant faire que j’ai appris sur le tas… J’aurais pu comme ma sœur Sonia me lancer dans des études d’agronomie mais après 3 ans aux États-Unis, je suis rentré sur la Côte où j’ai fait une école de cinéma avant de diriger pendant dix ans une entreprise de films institutionnels. À force de vivre ici, au milieu des champs de roses, les racines ont été plus fortes et j’ai repris naturellement les hybridations sous l’œil amusé de mon père...
De fil en aiguille, Matthias prend en charge les relations publiques de l’en- treprise et le développement sur la Chine.
C’est un marché immense que l’on a pénétré en prenant notre temps et en privilégiant les relations avec des personnes qui sont avant tout de grands amateurs de roses. Aujourd’hui, on continue le développement en fleurissant les villes et les villages de Chine...

“Mademoiselle Meilland”, bel hommage aux femmes de la saga

De cette fantastique saga familiale, Matthias a hérité un goût extraordinaire du voyage.
Je crois qu’il nous a été transmis par la mère de mon grand-père. Issue de la branche lyonnaise, c’est à travers ses lectures qu’elle s’imaginait le monde… C’est elle qui a poussé Francis à partir. À 23 ans, avec les quelques mots d’an- glais qu’il connaissait, il a traversé les États-Unis. Mon père a aussi hérité de ce besoin de découverte. C’est lui qui a ouvert les marchés de l’Amérique du Sud, du Japon, de l’Australie… Son idée c’était d’aller voir ail- leurs ce dont ces pays avaient besoin, et de leur apporter notre savoir-faire”.
Pourtant… c’est en hommage à toutes les femmes de la famille qu’une rose sera portée sur les fonts baptismaux à l’occasion des Floralies d’Antibes (voir programme).
Madame Meilland a été vue pour la pre- mière fois en 1936. Pour son anniversaire, on a décidé de créer “Mademoiselle Meilland”, une rose bonbon très parfumée, très résistante et très belle qui symbolise toutes les femmes de la famille qui ont œuvré depuis 140 ans à la création des roses Meilland”.
Toutes générations confondues, elles ont travaillé dans la discrétion pour la transmission de notre patrimoine familial et de notre savoir-faire à travers le monde. Je crois qu’une rose est le plus bel hommage qu’on pouvait leur rendre…” confie Matthias non sans émotion..

Repères 

1 million de plans de rosiers sont pro- duits chaque année dans l’exploitation installée en Isère. Une production qui est aussi présente à tra- vers toute l’Europe sous licence Meilland. Entre 100000 et 200000 roses sont créées chaque année et seulement 10 arri- vent dans le commerce.

Depuis 1995, le Centre de recherche est installé au Cannet des Maures (83).

La propriété du Cap d’Antibes sert de station d’essai pour les nouveaux rosiers.

Alain Meilland, le père de Matthias est Président du Directoire et son oncle Raymond Richardier est Président du Conseil de surveillance. Ils détiennent 100% du capital familial de l’entreprise. 4 membres de la 6e génération, dont Matthias et sa sœur Sonia, travaillent dans l’entreprise. C’est elle qui dirige le département recherche.